Oct 102014
 

LA PEUR

 

Entretien et lecture, en présence de la traductrice, Muriel Gallot,
(Ultime oeuvre de De Roberto : « 1917, des soldats dans les Dolomites, entre courage et effroi ».)
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En rassemblant au sein d’un même volume deux des nouvelles les plus marquantes de Federico De Roberto ayant trait à la guerre de 14-18, les éditions Cambourakis entendent faire (re)découvrir l’un des volets les moins connus de son oeuvre au public francophone. Dans La Peur, Federico De Roberto évoque avec impassibilité la mort programmée de cinq soldats désignés successivement pour rejoindre un poste de guet, et décrit avec maestria le crescendo de la peur qui s’empare de ces soldats destinés à la mort tout en menant une réflexion intense sur la fascination du courage. Le voeu ultime, inédit en France, raconte dans une première partie – similaire à la première nouvelle de par le ton et l’ambiance – toute l’horreur de la guerre. L’auteur y dépeint l’esprit de camaraderie qui lie ces hommes voués au même destin, et dont l’acharnement à rendre à la terre le corps d’un capitaine tombé au combat rappelle l’obstination et la dignité d’une Antigone moderne, avant de changer de registre pour dénoncer avec humour et cynisme la vénalité des épouses plus intéressées par la pension de leur mari que par leur héroïsme.

 

de-robertoFederico De Roberto
Né à Naples en 1861 au sein d’une famille de la noblesse sicilienne, Federico De Roberto abandonne ses études de mathématiques et de physique à vingt ans pour se consacrer entièrement à son activité littéraire et journalistique. Fer
vent défenseur de la poésie naturaliste et vériste, De Roberto en appliquait rigoureusement les règles, portant à l’extrême l’aspect impersonnel du narrateur et l’observation rigoureuse des faits. Il se tourne progressivement vers la prose et, transféré à Milan, il est introduit par le biais de Verga dans le milieu artistique et littéraire italien. Quand éclate la guerre de 14, Federico De Roberto est trop âgé pour être envoyé au front ; cependant, entre 1919 et 1923, neuf nouvelles de guerre paraissent dans différents revues – des oeuvres engagées, soigneusement documentées et infiniment ontemporaines que l’on pourrait prendre pour des témoignages vécus. Mort en 1927, ce grand écrivain passe pour l’un des représentants les plus caractéristiques du vérisme italien, aux côtés de ses maîtres, Giovanni Verga et Luigi Capuana. Il est le maillon qui conduit à Pirandello, Lampedusa, Sciascia ou encore Consolo.

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